Elle dit à Jane
--Voulez-vous acheter ceci?» répondit brusquement Jane, en tendant lecrucifix.La femme le prit avec respect, et jetant un coup d'oeil sur Jane,dont la figure malheureuse et sauvage ressortait sur ses vêtementsdélabrés, elle lui dit:«Ma fille, nous achetons les objets d'or et d'argent; mais, dites-moi,savez-vous ce qu'est ceci?--C'est de l'argent, je le sais bien!--Ce n'est pas là ce que je vous demande: savez-vous quel est cethomme étendu sur la croix?--Est-ce que je sais, moi!--Quoi! pauvre enfant, vous ignorez que cet homme est le Fils de Dieu,qu'il est mort sur la croix pour nous sauver?--Personne ne m'a jamais parlé de cela.--Vous ne connaissez pas Jésus-Christ, notre bon Sauveur?--De quoi nous a-t-il sauvés?--De l'enfer, et il nous a ouvert le paradis.--Je n'en savais rien.»La marchande regarda plus attentivement la pauvre créature deboutdevant elle: elle embrassa d'un regard ce visage jeune et flétri, cesvêtements sordides, et, mal plus terrible, cette stupeur de l'âmepeinte sur ses traits. Sa charité s'émut, ses entrailles de chrétienneet de mère tressaillirent. Elle dit à Jane:«Avez-vous des parents, une maison?--Rien. Mon père est mort sous un buisson, loin d'ici; ma mère estmorte aussi. Comment suis-je venue a Londres? je n'en sais rien.Comment ai-je vécu? je n'en sais rien non plus; ce que je sais, c'estque je voudrais bien être au fond de la Tamise, car alors je n'auraisplus ni froid ni faim.--Mon enfant, dit la marchande, et ce mot, prononcé avec une indiciblebonté, fit monter les larmes aux yeux de la pauvre Jane, mon enfant,voulez-vous que je vous conduise dans une maison où vous n'aurez plusni faim ni froid et où vous apprendrez à servir le bon Dieu?--Ni faim ni froid? répéta Jane; ce sera donc le paradis?--Non, mais le chemin qui y conduit.La marchande fit entrer dans sa boutique la pauvre fille, lui donna àsouper, la revêtit d'une robe neuve; bientôt Jane dormait dans un litsous ce toit hospitalier où le Père céleste l'avait amenée.Quelque temps après, une des orphelines de la maison du Bon Pasteur,de Londres, recevait le baptême. Sa joie, sa ferveur attendrissaientl'assemblée; cette heureuse néophyte était la pauvre Jane, qui avaitpour marraine la bonne marchande, l'instrument des miséricordes duSeigneur. 46.--UN COUP DE FILET DE LA SAINTE VIERGE.En se rendant à l'une de nos stations thermales, un officier supérieurcausait avec un compagnon de voyage:--Si nous nous arrêtions àLourdes? lui dit ce dernier.--Pourquoi donc?--Nous y trouverions lepèlerinage national.--Voilà cinquante ans que je n'ai pas mis lespieds dans une église!...--Qu'à cela ne tienne, tout se passe en pleinair.--Alors, c'est différent.Ils s'arrêtèrent a Lourdes; ils virent les ardentes prières despèlerins. Elles étonnèrent d'abord, subjuguèrent ensuite cette âmedroite et loyale: l'officier pria avec les autres, aussi longtemps queles autres.--Il fait chaud, lui dit son compagnon; si nous buvions un verre d'eaude la grotte?--Volontiers; ce prêtre-là m'a rendu tout rêveur...Il rêva, il pria, il monta jusqu'à la crypte, il en redescendit priantet heureux.--Si vous voulez aller aux eaux, dit-il à son compagnon,allez-y; moi, j'ai trouvé les miennes. 47.--UNE CONVERSION EN MER.Le héros de cette histoire a rapporté lui-même dans la lettre suivantela grâce signalée dont il a été l'objet.«Après avoir failli périr avec mon navire, sur la barre de Bayonnependant l'été dernier, je me rendais de Livourne à Dunkerque et Rouen,lorsque le 28 décembre, au matin, je fus obligé de mouiller devantMalaga, ne pouvant y entrer. Bientôt le temps devint affreux, et, dèshuit heures du matin, toute la population massée sur les quais, malgréune pluie torrentielle, nous regardant chasser sur les ancres, nousfaisait comprendre quel péril nous menaçait. Le pavillon fut mis enberne, mais en vain: ni remorqueur, ni pilotes, pas même la canonnièrede l'État n'osaient se risquer à nous secourir; Dieu seul pouv

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